EN Menu

7 sept. 2022

Prévalence de l'intolérance aux statines

une méta-analyse.

Ibadete Bytyçi, Peter E Penson, Dimitri P Mikhailidis et al. - European heart journal

Cette méta-analyse a estimé que l'intolérance réelle aux statines touche 7 à 29 % des patients selon la définition utilisée, les taux d'intolérance confirmée par effet nocebo étant nettement plus faibles. Les données ont mis en évidence l'écart entre l'intolérance perçue et réelle aux statines et ont soutenu les stratégies de réintroduction.

Objectifs

L'intolérance aux statines (IS) représente un problème de santé publique important, pour lequel des estimations précises de la prévalence sont nécessaires. L'intolérance aux statines demeure un défi clinique important et est associée à un risque accru d'événements cardiovasculaires. Cette méta-analyse estime la prévalence globale de l'IS, la prévalence selon différents critères diagnostiques et dans différents contextes pathologiques, et identifie les facteurs de risque/affections possibles susceptibles d'augmenter le risque d'IS.

Méthodes

Nous avons interrogé plusieurs bases de données jusqu'au 31 mai 2021, à la recherche d'études rapportant la prévalence de l'IS. Le critère de jugement principal était la prévalence globale et la prévalence selon une série de critères diagnostiques [National Lipid Association (NLA), International Lipid Expert Panel (ILEP), et European Atherosclerosis Society (EAS)] et dans différents contextes pathologiques. Le critère de jugement secondaire était l'identification de facteurs de risque possibles pour l'IS. Un modèle à effets aléatoires a été appliqué pour estimer la prévalence globale poolée. Au total, 176 études [112 essais contrôlés randomisés (ECR) ; 64 études de cohorte] portant sur 4 143 517 patients ont finalement été incluses dans l'analyse. La prévalence globale de l'IS était de 9,1 % (intervalle de confiance à 95 % 8,0-10 %). La prévalence était similaire lorsqu'elle était définie selon les critères NLA, ILEP, et EAS [7,0 % (6,0-8,0 %), 6,7 % (5,0-8,0 %), 5,9 % (4,0-7,0 %), respectivement]. La prévalence de l'IS dans les ECR était significativement plus faible que dans les études de cohorte [4,9 % (4,0-6,0 %) contre 17 % (14-19 %)]. La prévalence de l'IS dans les études incluant à la fois des patients en prévention primaire et secondaire était bien plus élevée que lorsque les patients en prévention primaire ou secondaire étaient analysés séparément [18 % (14-21 %), 8,2 % (6,0-10 %), 9,1 % (6,0-11 %), respectivement]. La solubilité lipidique de la statine n'affectait pas la prévalence de l'IS [4,0 % (2,0-5,0 %) contre 5,0 % (4,0-6,0 %)]. L'âge [rapport des cotes (OR) 1,33, p = 0,04], le sexe féminin (OR 1,47, p = 0,007), l'origine asiatique et noire (p < 0,05 pour les deux), l'obésité (OR 1,30, p = 0,02), le diabète sucré (OR 1,26, p = 0,02), l'hypothyroïdie (OR 1,37, p = 0,01), l'insuffisance hépatique chronique, et l'insuffisance rénale (p < 0,05 pour les deux) étaient significativement associés à l'IS dans le modèle de méta-régression. Les agents antiarythmiques, les inhibiteurs calciques, la consommation d'alcool, et une dose de statine plus élevée étaient également associés à un risque accru d'IS.

Conclusions

Sur la base de la présente analyse portant sur >4 millions de patients, la prévalence de l'IS est faible lorsqu'elle est diagnostiquée selon les définitions internationales. Ces résultats soutiennent le concept selon lequel la prévalence de l'IS complète pourrait souvent être surestimée et soulignent la nécessité d'une évaluation minutieuse des patients présentant des symptômes potentiellement liés à l'IS.